Canopée
Protection and restoration of forests in Europe and in the world.
ID: 808225634087-52
Lobbying Activity
Response to High and low Indirect Land-Use Change (ILUC) - risks biofuels, bioliquids and biomass fuels
7 Mar 2019
L’Europe est aujourd’hui le principal consommateur d’huile de palme par habitant au monde. En France, un habitant consomme ainsi 13 kg/an d’huile de palme (1) : bien plus qu’en Inde, en Chine ou même aux USA où la moyenne est de 4 à 7 kg/an/personne. Ce haut niveau de consommation s’explique par une utilisation croissante d’huile de palme dans les carburants depuis quelques années.
Après plusieurs années de débats, la révision de la directive RED II a abouti à la nécessité de plafonner puis d’éliminer les biocarburants à « fort risque CASI (2) » au plus tard d’ici 2030. La proposition d’acte délégué de la Commission européenne ne répond pas à cet objectif. Au contraire, elle pourrait conduire à une utilisation plus importante d’huile de palme, mais aussi d’huile de soja, dans les carburants.
Les dérogations proposées concernant l’amélioration de la productivité, les terres « inutilisées » ou les petits producteurs pourraient permettre de rendre éligible à une certification « faible risque CASI » une production annuelle de 5 millions de tonnes d’huile de palme en Indonésie et en Malaisie (ICCT, 2018) (3) alors que la consommation européenne actuelle d’huile de palme dans les carburants est d’environ 3,9 millions de tonnes par an (4).
La Commission européenne propose une réponse par l’offre en renforçant des critères à l’échelle de la plantation alors que le problème est un problème de demande. D’ici à 2030, la demande mondiale en huile de palme alimentaire pourrait passer de 50 à 70 millions de tonnes par an. À cette demande s’ajoute potentiellement une demande énergétique en pleine croissance qui pourrait passer de 10 à 70 millions de tonnes par an (5). La surface de terres disponibles, sans entrainer de nouvelles déforestations, est limitée et doit être réservée en priorité à la demande alimentaire plutôt qu’à un usage énergétique. L’Europe peut se donner bonne conscience en se fournissant uniquement sur des « terres inutilisées », mais cela ne conduirait qu’à déplacer le problème ailleurs : les acheteurs les moins exigeants finiront par se fournir dans de nouvelles plantations en défrichant des forêts ou en drainant de fragiles tourbières. Un phénomène exacerbé par les difficultés des pays producteurs à faire respecter leurs propres lois et leurs engagements internationaux.
Pour répondre à la demande alimentaire croissante, l’Europe doit donc montrer l’exemple en réduisant sa consommation énergétique d’huile et donc sa pression foncière sur les terres. Il s’agit donc de mettre un terme à l’utilisation des biocarburants cultivés sur des terres dédiées, et de façon prioritaire à ceux à base d’huile de palme et de soja.
Pour que cette politique soit efficace, il n’est pas possible de classer une même matière première dans la catégorie « à fort risque CASI » et « à faible risque CASI ».
(1) D’après des données de l’USDA https://apps.fas.usda.gov/psdonline/app/index.html#/app/home et http://agriculture.gouv.fr/durabilite-de-lhuile-de-palme-et-des-autres-huiles-vegetales (consommation de la France, p 10 et 11)
(2) CASI signifie Changements d’Affectation des Sols Indirects
(3) ICCT, 2018, Analysis of high and low indirect land-use change definitions in European Union renewable fuel policy https://www.theicct.org/sites/default/files/publications/High_low_ILUC_risk_EU_20181115.pdf
(4) T&E, 2018, Up in smoke: Europe’s cars driving deforestation in South East Asia: https://www.transportenvironment.org/sites/te/files/Europe%E2%80%99s%20cars%20driving%20deforestation%2
(5) Malins, 2018, Driving Deforestation: http://www.cerulogy.com/palm-oil/driving-deforestation/
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